Un lieu ou l'on peut trouver tout et n'importe quoi,
en plus ou moins rangé.
Présentation
:
Le blog de Claire Ogie
:
Bric-à-brac à l'usage des curieux. Ce blog est un besoin de trouver un lieu pour mettre ce qui me touche, m'intéresse, me choque, me plaît d'une façon ou d'une autre. Une mémoire virtuelle à usage personnel, tout en étant ouvert pour les autres, mais sans commentaires accessibles.
(à la demande insistante d'un ami blogueur, je viens d'ouvrir les commentaires sur les derniers billets)
Légende chinoise : Shangri-la est le nom d'un lieu imaginaire décrit dans le roman de Lost Horizon (titre traduit en français : Horizon perdu) écrit par James
Hilton en 1933.Pour l'écrire, Hilton s'est inspiré d'une tradition bouddhiste. Selon cette dernière, il existerait dans l'Himalaya une ville mystérieuse,
Shambhalan un endroit idyllique où les gens seraient toujours en bonne santé. Dans une vallée du Tibet oubliée des
hommes et du temps, entourée des plus hautes montagnes du monde, vit une petite communauté groupée autour d'une lamaserie. Elle est dirigée par un lama vieux de deux siècles. Les habitant de
Shangri-la sont quasi parfait. Ils refusent la violence partage tous ce qu'il possèdent et vivent en harmonie avec la nature. Ils ont fait de ce lieu un sanctuaire, où toute la sagesse accumulée
par les hommes est préservée du chaos du monde moderne afin d'être transmise aux futures générations.
Qu'est-ce qui m'étonna le plus pendant ces premiers jours à arpenter la ville ? La chose la plus évidente : les téléphones portables. Là-haut dans ma montagne, le
réseau ne passait pas et en bas, à Athena, où il passe, je voyais rarement des gens parler au téléphone en pleine rue sans le moindre complexe. Je me rappelais un New York où les seules personnes
qu'on voyait remonter Broadway en se parlant toutes seules étaient les fous. Qu'est-ce qui s'était passé depuis dix ans pour qu'il y ait soudain tant à dire - à dire de si urgent que ça ne pouvait
pas attendre ? Partout où j'allais, il y avait quelqu'un qui s'approchait de moi en parlant au téléphone, et quelqu'un derrière moi qui parlait au téléphone. A l'intérieur des voitures, les
conducteurs étaient au téléphone. Quand je prenais un taxi, le chauffeur était au téléphone. Moi qui pouvais souvent passer plusieurs jours de suite sans
parler à personne, je ne pouvais que me demander de quel ordre était ce qui s'était effondré, qui jusque-là tenait fermement les gens, pour qu'ils préfèrent être au téléphone en permanence plutôt
que de se promener à l'abri de toute surveillance, seuls un moment, à absorber les rues par tous leurs sens et à penser aux millions de choses que vous inspirent les activités d'une ville.
Pour moi, cela donnait aux rues une allure comique, et aux gens une allure ridicule. Mais cela avait quelque chose de tragique. Éradiquer l'expérience de la séparation ne pouvait manquer d'avoir
un effet dramatique. Quelles allaient en être les conséquences ? Vous savez que vous pouvez joindre l'autre à tout moment, et si vous n'y arrivez pas, vous vous impatientez, vous vous mettez en
colère comme un petit dieu stupide. J'avais compris qu'un fond de silence n'existait plus depuis longtemps dans les restaurants, les ascenseurs et les stades de base-ball. Mais que l'immense
sentiment de solitude des êtres humains produise ce désir lancinant, inépuisable, de se faire entendre, en se moquant totalement que les autres puissent surprendre vos conversations - moi qui avais
surtout connu l'époque de la cabine téléphonique, dont on pouvait refermer hermétiquement les solides portes accordéon -, tout cela me frappait par son côté étalage au grand jour. Et je me
retrouvais à jouer avec l'idée d'une nouvelle dans laquelle Manhattan serait devenu une collectivité sinistre où tout le monde épie tout le monde, tout le monde est suivi à la trace par la personne
qui se trouve à l'autre bout du fil, même si les gens qui téléphonent, du fait de pouvoir composer un numéro à partir de n'importe où dans le vaste monde, croient faire l'expérience de la plus
grande liberté. Je sais qu'à concevoir un tel scénario, je me retrouvais dans le camp des hurluberlus qui, depuis les débuts de l'industrialisation, s'étaient imaginé que la machine était
l'ennemie de la vie. Pourtant, je ne pouvais pas m'en empêcher : je ne voyais pas comment quelqu'un pouvait croire qu'il continuait à mener une existence humaine en passant la moitié de sa vie
éveillée à parler au téléphone tout en déambulant. Non, ces gadgets ne promettaient pas d'être la panacée pour promouvoir la réflexion dans le grand public.